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Le handicap face à la lecture et l’apport du numérique

Le défi soulevé par l’accès à la lecture des personnes diversement empêchées de lire est à l’origine d’une histoire riche d’inventions techniques majeures et d’une somme de trouvailles en tout genre. Pourtant, à ce jour, aucune solution n’a pu remplacer pleinement le livre papier traditionnel et la lecture optique. De l’écriture braille au narrateur professionnel en passant par la synthèse vocale, les techniques mises au point répondent à la fois à des besoins spécifiques en fonction de handicaps divers, mais également, comme tout lecteur, à des contextes et des situations variés. Cette grande diversité des usages s’accompagne bien souvent d’une complémentarité des outils. Un même lecteur en situation de handicap piochera dans les différentes solutions et aura recours à des adaptations différentes en fonction des circonstances, des ressources disponibles ou même de son humeur.

Gestion de la lecture sans les nouvelles technologies numériques

L’accès à l’écrit a toujours plus ou moins été perçu comme le but à atteindre pour les seules personnes déficientes visuelles, à tel point que le défaut d’accès à la lecture a toujours été considéré comme étant la conséquence du seul handicap visuel. Dès lors, la lecture à voix haute par un narrateur a longtemps été la modalité unique d’accès à l’écrit pour ces personnes déficientes visuelles. Ce procédé était en effet suffisamment souple et simple à mettre en œuvre. C’est notamment avec l’arrivée de la cassette audio, introduite en 1963 par Philips, que les collections des bibliothèques sonores ont réellement commencées à se développer. Contrairement à ce que l’on croit, toutes les cassettes n’ont pas été supplantées par l’arrivée des CD, notamment dans de nombreuses associations et institutions à l’attention de personnes déficientes visuelles qui continuent à proposer ce type de média clairement obsolète, telles que la « Ligue Braille » en Belgique ou « Tiflo Libros » en Argentine. Or, ce type de format présente aujourd’hui des aspects qui entravent sa pérennité, sans possibilité réelle d’actualisation.

Tout d’abord, du fait de l’évolution technologique, la cassette est condamnée à disparaître, et il devient aujourd’hui de plus en plus difficile pour n’importe qui d’acheter des lecteurs de cassette neufs. D’autre part, la cassette oblige à une lecture linéaire qui importune bien souvent le lecteur qui ne lit pas (ou exceptionnellement) un livre d’une seule traite. Là est d’ailleurs un des aspects de l’évolution vers le CD qui propose une lecture par « pistes ». Outre la qualité médiocre du son sur la cassette, que l’on peut retrouver également sur un CD audio, le principal défaut de ce format repose sur sa manipulation : pas toujours évidente pour une personne déficiente visuelle, il faut non pas faire avec une cassette mais bien en manipuler plusieurs. En effet, aujourd’hui le nouveau format numérique DAISY – sur lequel nous reviendrons plus loin – peut contenir 38 heures d’enregistrement (c’est-à-dire bien souvent un ouvrage complet) : pour la même durée de lecture, il faut 26 cassettes (de 90 minutes). Le CD audio s’en sort mal également puisque pour cette durée il en faudrait 29 (de 80 minutes).

Évidemment, ces aspects contraignants de la cassette, et dans une moindre mesure du CD audio, ne signifient pas qu’il faille abandonner cette voie de la lecture vocale. Bien au contraire, ce moyen reste la meilleure alternative au braille qu’une minorité des déficients visuels pratiquent. En effet, dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont perdu à divers degré l’utilisation de leur vue sur le tard, bien souvent du fait de l’âge ou d’un accident, beaucoup demeurent réfractaires à l’apprentissage d’un nouveau système qui n’est pas des plus simples et qui est souvent assimilé à la seule éducation des enfants dont la plupart sont nés avec leur déficience.

Pourtant, le braille a su peu à peu s’imposer comme un système international de lecture pour les personnes ayant des déficiences visuelles. Contrairement à l’audio, le braille permet un accès direct au texte et au livre papier, permettant au lecteur de conserver les mêmes plaisir et habitudes de lecture que n’importe quel autre lecteur sans déficience. Le braille permet même un accès à l’écriture, par le biais d’une machine à écrire spéciale (la machine Perkins, contenant 6 touches), d’un poinçon, ou encore de l’« embosseusse » dont se servent les éditeurs d’ouvrages et périodiques en braille, une sorte d’imprimante commandée par un ordinateur doté d’un logiciel spécial.

Dans sa contribution à l’ouvrage La lecture de l’écriture braille : patrons d’exploration et fonctions des mains, et sur la base de l’estimation que seulement 7000 des 15000 personnes ayant appris le braille (en France) le pratique régulièrement, le sémiologue Philippe Mousty rappelle qu’un bon lecteur de braille lira 100 mots par minutes, contre 300 pour un lecteur aguerri de texte imprimé. Le braille, extrêmement pratique voire nécessaire dans la vie de tous les jours et dans la vie publique, n’est donc pas véritablement adapté à la lecture de la littérature puisqu’elle semble ralentir par trois cette lecture, en plus de la rendre difficile.

Et là n’est pas la seule difficulté : un livre braille est extrêmement fragile, les différents points peuvent facilement être écrasés et rendre la lecture d’un mot, d’une phrase, d’un livre difficile, voire impossible. Le braille est un système de combinaison de 6 points répartis sur deux colonnes (de chacune 3 points maximum) permettant de former toutes les lettres de l’alphabet et ponctuations. Son écriture est donc plus imposante et nécessite jusqu’à 4 fois plus de pages qu’un autre livre. Un livre braille devient donc rapidement très encombrant, voire difficile à traduire voire à prendre en main. La grande difficulté d’adapter un libre en braille et le nombre restreint d’éditions offrant cette spécialisation restreint l’offre d’ouvrages braille et rend leur prix prohibitif, mettant à mal l’espoir d’un accès à la littérature pour les personnes déficientes visuelles.

Par ailleurs, n’oublions pas qu’un ouvrage adapté en braille, comme il en existe de nombreux aujourd’hui, ne s’adresse en réalité pas aux personnes déficientes visuelles mais, en France du moins, aux seules 15000 personnes connaissant le braille, voire même aux seules 7000 personnes le pratiquant régulièrement. Sur les 1,7 millions de déficients visuels estimés, cela représente peu.

Le braille étant réservé, du fait de sa difficulté, aux personnes aveugles ou atteintes d’une grave déficience visuelle, une alternative est proposée aux personnes « mal-voyantes » avec les livres en gros caractères : plus accessibles que le braille, ils permettent également un accès direct au texte, au plaisir de conserver, toucher, lire un livre papier. Cependant, les livres en gros caractères font face à des problèmes similaires au livre braille : un catalogue réduit de titres adaptés, des ouvrages plus imposants, plus chers, etc. Difficile à trouver dans les grands commerces, ce type d’ouvrage est surtout disponible dans les bibliothèques et médiathèques qui font, depuis plusieurs années maintenant, de sérieux efforts pour remplir ce rôle social qui leur ai dédié : permettre l’accès aux personnes en situation de handicap à la littérature dans les mêmes conditions que les personnes sans handicap.

Le handicap en bibliothèque

Du point de vue étatique, un glissement important a été effectué entre la loi d’orientation en faveur des handicapés du 30 juin 1975 et celle du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». La première affirmait les droits fondamentaux de la personne en situation de handicap et envisageait la question sous la notion de « protection ». La seconde renouvelait la question en considérant la participation, la citoyenneté et le projet de vie de la personne handicapée. Dès lors, cette redéfinition de la notion du handicap eut pour corollaire une véritable remise en cause des services publiques contestés pour leur faible accessibilité – alors que, rappelons-nous, la recherche d’autonomie des personnes handicapées allait justement de paire avec la notion d’accessibilité.

Les bibliothèques et médiathèques, en tant qu’elles sont un équipement culturel traduisant un certain « service culturel publique » eurent dans ce contexte juridique renouvelé pour mission d’intégrer à leurs services de nouveaux dispositifs devant permettre cette accessibilité. Cette accessibilité, si elle est aujourd’hui une obligation légale, a également été perçue comme l’opportunité de s’élargir vers de nouveaux publics.

Cependant, comme le souligne Claire Bonello dans son mémoire de fin d’étude « Accessibilité et handicap en bibliothèque», la notion de « public spécifique » doit être délaissée puisqu’elle sous-entend « qu’un type de document ou de service serait prédisposé à rencontrer la demande des publics particuliers ». Or ce n’est pas le cas ici : le service public n’appartient à personne et concerne tout le monde, sans exclusion, et même si une offre peut-être adaptée, il s’agit toujours de la même offre et non une offre différente pour un public différent. « Chacun peut et doit construire une relation intime, personnelle avec la culture, irréductible à un quelconque handicap ». Il devient dès lors dangereux de segmenter les publics, dangereux dans le sens où une telle segmentation mènerait inévitablement à une approche réductrice de chaque handicap. Claire Bonello rappelle d’ailleurs à juste titre que de nombreuses personnes en situation de handicap fréquentent d ‘ores-et-déjà les bibliothèques sans en exiger une parfaite accessibilité. Segmenter reviendrait alors à stigmatiser, quand bien même personne ne demande un service différent, mais bien d’accéder au même service que tout un chacun.

Il paraît important de souligner ici le rôle des bibliothèques dans l’accès à la littérature pour les handicaps. Impulsées par l’obligation légale de la loi d’égalité d’accès et de traitement des usagers (en tant que service public), ainsi que par la volonté, voire l’exigence, d’élargir ses publics, les bibliothèques sont des phares dont la lumière met en avant les nouvelles technologies utiles pour la réduction du handicap.

L’objectif de recherche de toujours plus d’accès aisés à la littérature pour les personnes en situation de handicap est mené par les diverses missions d’émancipation et d’autonomie des bibliothécaires, dans le rôle social. Comme le souligne Dominique Arot, bibliothécaire et inspecteur général des bibliothèques, « les bibliothécaires (ils n’en ont pas le monopole) sont habités par la conviction que l’écrit, qu’il soit littéraire, documentaire, ou informatif – et donc le livre – est un instrument de construction de soi, d’intelligence et de maîtrise du monde et donc une source de liberté ». On comprend l’importance de l’accès à la littérature dans ce contexte.

La question porte pour nous sur l’accessibilité de la littérature. L’accessibilité est le maître-mot : une personne en situation de handicap dans un lieu ou une activité accessible n’est ni plus ni moins qu’une personne valide. L’accessibilité, si elle n’est pas la perte du handicap, est du moins pour un moment l’effacement de celui-ci. Dès lors, tout comme le handicap, le terme d’accessibilité recouvre des réalités différentes, ou plutôt une « réalité plurielle et polymorphe » comme le précise Claire Bonello qui synthétise cette accessibilité en quatre grands axes :

Nous retenons surtout pour notre analyse l’importance de l’accessibilité « en ligne » et des « collections », dépendante qualitativement des nouvelles technologies.

Ces dernières sont de véritables créatrices de nouvelles voies d’accès à la littérature pour les personnes en situation de handicap. La solution n’est évidemment pas miracle – du moins ne l’est-elle pas encore – et de nombreux obstacles existent toujours : l’aspect onéreux d’un tel matériel par exemple, l’offre restreinte de la littérature numérique (notamment audio), la connaissance technique que certains hardwares nécessitent, etc. Bien sûr, ces obstacles sont temporaires. Mieux, ces obstacles sont quasiment les mêmes qu’avant le numérique – l’adaptation sonore ou braille est également onéreuse, tout comme l’offre était restreinte – sans compter l’apport positif des nouvelles technologies. Comme nous aurons l’occasion de le souligner plus loin, les nouvelles technologies – tout comme les anciennes – vont connaître un prix sans cesse décroissant du fait d’une obsolescence et d’un renouvellement constant. Il est d’ores et déjà possible de trouver de très bon e-readers pour le prix de quelques livres, ce qui en fait une technologie loin d’être hors de portée. L’offre, notamment des ouvrages numériques, est sans cesse croissante elle aussi. Enfin, l’éducation à l’informatique et au numérique devient peu à peu inévitable, dans une société où les premiers « digital natives » sont déjà adultes et dont la connaissance du monde digital est plus que suffisante.

Une autre entrave de taille est celle du respect des droits d’auteurs. Confrontées aux exigences des éditeurs, les bibliothèques proposant un service numérique choisissent généralement soit d’acquérir des livres digitaux sous droits (la BNH est par exemple associée à Numilog, principal « agrégateur de livres numériques », c’est-à-dire une interface de diffusion et de distribution directe entre éditeurs et libraires, et qui propose près de 40 000 références provenant de plus de 150 éditeurs6) , soit de négocier les droits d’adaptation de manière contractuelle (la Bibliothèque Hélène, un service de l’association BrailleNet, propose près de 8000 ouvrages dont l’adaptation a été négociée ou autorisée directement par les éditeurs).

Cependant, les droits numériques évoluent très rapidement aujourd’hui : par exemple, avec l’exception handicap prévue par la loi Dadvsi, le recours à la négociation contractuelle des droits ne devrait plus être une obligation.

L’apport du numérique

Dans la mesure où de plus en plus d’informations sont diffusées sur des supports numériques, à commencer par Internet, il est primordial de s’interroger sur l’accessibilité des nouvelles technologies, mais également sur leur apport dans la réduction du handicap. Mais encore faut-il déterminer ce que recouvre cette notion de « nouvelles technologies ».

La difficulté de cette définition réside dans deux ambiguïtés : la première est le caractère, par définition, indéfini de l’adjectif « nouvelles » car l’expression est relative, ce qui était nouveau hier ne l’est plus aujourd’hui, ce qui est nouveau aujourd’hui ne le sera plus demain. Dès lors, il est parfois difficile de cerner les contours de ces « nouvelles technologies » tant on ne peut déterminer si telle technologie est considérée comme nouvelle ou déjà ancienne, d’autant plus qu’avec le progrès scientifique, une technologie devient très rapidement obsolète.

La deuxième ambiguïté est celle de la notion de technologie. En anthropologie, deux conceptions se partagent la définition de la notion. Si dans une première conception « européenne » la technologie représente une science, l’étude des savoir-faire et de l’usage des techniques, sans qu’il n’y ait pour autant d’instruments (voire à ce sujet Marcel Mauss, Manuel d’ethnographie, chapitre « Technologie », 1926 : Marcel Mauss y analyse par exemple la marche ou la nage, des « techniques du corps » sans instrument nécessaire, qu’il inclut donc également dans la « technologie », considérée ici comme la science des technique), c’est surtout la deuxième conception que nous connaissons et à laquelle nous pensons lorsqu’on utilise le mot « technologie ». Cette deuxième conception, dite « anglo-saxonne » se réfère davantage aux techniques elles-mêmes plutôt qu’à l’étude de ces techniques. Elle place la notion de technique dans le domaine du matériel, et la technologie devient l’outil de l’application des sciences, une matérialisation des connaissances scientifiques.

L’expression médiatique « nouvelles technologies » se réfère ainsi surtout la seconde définition et vient couvrir un domaine matériel « double ». C’est tout d’abord le domaine du « high-tech » ou la « haute technologie » qui désigne la technologie la plus avancée dans un domaine. C’est également le domaine des « Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication » (NTIC) qui regroupe les techniques permettant le traitement et la diffusion d’information, c’est-à-dire de manière générale Internet, l’informatique, les téléphones ou encore les nouveaux périphériques tels que les tablettes tactiles. Les NTIC sont mises en avant notamment pour leur aisance et leur accessibilité à l’information, que ce soit en terme de volume de stockage, de portabilité ou de rapidité.

C’est ce deuxième domaine qui nous intéresse surtout car il s’agit pour nous de mettre l’accent aux nouvelles technologies permettant effectivement une réduction du handicap, c’est-à-dire les nouvelles technologies non seulement d’ores-et-déjà commercialisées, mais également accessibles à toute personnes en situation de handicap. Il ne s’agit pas ici de faire un état des lieux des avancées scientifiques en matière de réduction des handicaps, mais bien de voir en quoi les nouvelles technologies liées à la littérature, et commercialisées, réduisent les inégalités.

Pour se poser la question de l’utilité de ces nouvelles technologies dans la réduction du handicap, dans le domaine littéraire, il suffit de commencer par s’interroger de manière très simple : comment une personne qui n’est pas en situation de handicap lit-elle un livre ? Elle se procure le livre en l’achetant ou en l’empruntant à une institution ou une tierce personne ; elle le saisit, l’ouvre, le parcours ; elle accède au texte écrit par un auteur et en comprend le sens. Nous pouvons donc distinguer trois étapes au cours desquelles des technologies peuvent intervenir de manière diverses :

Nous avons d’ores-et-déjà pu souligner, il existe plusieurs solutions pour se procurer un livre. Dans le cas d’un achat en librairie ou grandes surfaces, l’accessibilité de la ville est imposées par la loi Handicap de 2005. Dans le cas d’un emprunt, nous venons de voir la mise en œuvre de l’accessibilité des bibliothèques. Une troisième solution est la possibilité d’envoyer directement les prêts à domicile. Dans ces trois solutions, les NTIC interviennent peu ou prou. Celles-ci prennent en revanche de l’importante par la possibilité largement répandue aujourd’hui d’acheter des livres par Internet.

Cette première étape met donc en avant la nécessité de rendre accessible Internet pour tous, c’est-à-dire notamment aux personnes en situation de handicap. Cette accessibilité passe par le respect d’un certain nombre de règles de base dont l’application, dès la conception du site ou du document, permet l’accès de tous à tous les contenus. Comme nous avons pu le souligner, ces règles d’accessibilité existent pour le web : ce sont les « Web Content Accessibility Guidelines », WCAG2.0, du W3C. Ces règles pour le web ne se réfèrent pas seulement au langage HTML mais également à d’autres technologies. Cependant, elles soulignent la nécessité de l’inter-opérabilité de ces technologies, c’est-à-dire la possibilité d’y avoir accès depuis n’importe quel support, ce à quoi le HTML se prête bien.

Les dernières recommandations du WAI datent de 2008 et concernent aussi bien les contenus web (possibilité par exemple de modification de la mise en forme sans perte du contenu), que les outils de consultations de ces contenus (possibilité par exemple d’utiliser un navigateur web avec les seules touches du clavier) ou encore les outils de production de ces contenus (compatibilité par exemple d’un logiciel d’édition avec les technologies d’assistance comme une voix électronique). Toutes les recommandations se trouvent ici.

Pour l’instant, l’obligation de rendre accessible son site internet touche uniquement le secteur public qui a instauré son propre référentiel (RGAA – Référentiel général d’accessibilité pour les administrations). Proches des recommandations internationales WCAG 2.0 . Celles-ci ne sont pas obligatoires dans le secteur privé. Cependant de nombreuses entreprises le font déjà spontanément, en attendant qu’une éventuelle loi contraignent le secteur à les appliquer. Rappelons que la loi contraint les entreprises à se munir d’un personnel composé à 6 % de personnes en situation de handicap, ce que très peu d’entreprises font malheureusement, alors qu’aucune pénalité n’est véritablement là pour les y obliger.

Rendre accessible Internet n’est cependant pas tout, encore faut-il avoir également accès à l’informatique. Outil majeur de notre époque, que ce soit pour les personnes avec ou sans handicap, l’ordinateur peut aussi souvent jouer le rôle d’une alternative au livre papier, grâce aujourd’hui à la numérisation des ouvrages ou l’édition directe de livres numériques.

Pour accéder à un livre, il faut effectuer un certain nombre d’opérations préliminaires dont nous ne prenons jamais véritablement conscience et que nous effectuons de manière mécanique : saisir l’ouvrage, le retourner afin d’en lire la quatrième de couverture ou la couverture elle-même, feuilleter les pages, se rendre au sommaire ou à la table des matières, se rendre directement au chapitre ou à la page où l’on était rendu, etc. Ces opérations inconscientes et extrêmement simples ne le sont pas pour tous le monde et, aujourd’hui, des nouvelles technologies ont pour objectif de palier ce manque de simplicité.

Une première alternative, avons-nous dit, est la lecture par le biais d’un ordinateur. La question se pose donc de l’accès à l’informatique pour les personnes diversement empêchées. Evidemment, chaque technologie correspond plus ou moins à un handicap donné.

Pour les personnes malvoyantes par exemple, les principaux navigateurs internet comme Internet Explorer, Firefox, Safari, Google Chrome ou encore Opéra proposent dans les options de personnalisation une taille des caractères adaptée à la mauvaise vue. Il en va de même pour de nombreux système d’exploitation, les principaux étant Windows, Linux et Mac OS X d’Apple (l’actuel étant « Mountain Lion » depuis l’été 2012) qui permettent tous d’adapter l’affichage et de le personnaliser. Utile pour les déficiences plus légères, les personnes ayant une déficience plus grave auront besoin d’un logiciel particulier permettant le grossissement de l’écran. Ce type de logiciel permet de personnaliser l’affichage en choisissant la taille des caractères ainsi que leur police, mais également des couleurs appropriées et l’intensité des contrastes, pour une lecture plus aisée. Il facilite le déplacement de la souris et permet une reconnaissance instinctive des menus sélectionnés automatiquement à l’approche du curseur. Ces logiciels de grossissement des caractères permettent de conserver un aperçu de la mise en page d’un document, d’un ouvrage ou des sites internet, bien souvent conçue pour faciliter la recherche d’une information et le parcours dans les méandres du document ou du site.

Il existe plusieurs formats qui permettent de lire un ouvrage directement sur son ordinateur. Les plus répandus sont les formats DOC (document Word de Microsoft), PDF (Portable Document Format de Adobe), AZW9 (Amazon Word de Amazon) et EPUB (Electronic Publication, un format ouvert standardisé). Il en existe évidemment de nombreux autres, souvent libre et gratuit, généralement spécifiques au programme qui les produit ou standardisés : TXT pour le bloc note de Windows, ODT un format OpenDocument standardisé ou encore par exemple RTF le « Rich Text Format » standardisé de Microsoft reconnu par la plupart des logiciels de traitement de texte. Pour être lu sur un ordinateur, ces formats peuvent nécessiter des programmes particuliers : le PDF s’ouvre par exemple avec Adobe Reader ou Aperçu (logiciel d’Apple), le format DOC avec Microsoft Word, AZW avec le logiciel « Kindle pour PC » ou « Kindle pour Mac », l’EPUB avec Adobe Digital Edition. Cependant, de nombreux logiciels libres et gratuits existent afin de lire tous ces formats : OpenOffice, LibreOffice, PDF-XChange Viewer, FBReader, CoolReader, Calibre et de nombreux autres. Quand les navigateurs internet n’en proposent pas un aperçu direct (comme c’est le cas avec les formats PDF et DOC par exemple), il est possible de télécharger des extensions libres et gratuites afin de lire directement un ouvrage sur Internet, telles que l’EPUBReader de Firefox ou Google Document. Dans les fonctionnalités de base de tous ces programmes, il est possible d’adapter l’affichage des caractères (taille, police, etc.), des couleurs ou encore des contrastes pour une lecture plus aisées. Pour les personnes malvoyantes, la lecture sur un ordinateur est une très bonne alternative à la lecture d’un livre papier traditionnel grâce à cette possibilité d’adapter l’affichage au lecteur.

Les logiciels les plus souvent utilisés, en complément ou non des logiciels d’agrandissement de caractères, restent cependant les programmes de synthèse vocale qui permettent aux malvoyants et aux aveugles d’« écouter » un document ou la page d’un site internet grâce à une voix de synthèse qui lit les informations présentent à l’écran. Toutes les synthèses vocales ne se valent pas et si certaines ne peuvent lire que le texte (d’où l’importance d’un document ou d’une page internet accessibles), certains logiciels très répandus comme JAWS permettent la lecture de texte présent dans des images comme les formats PDF par exemple. Cependant, deux défauts majeurs gênent l’utilisation de tels programmes. Tout d’abord, le document ou la page internet ne sont plus perçu dans leur ensemble : c’est une véritable perte des repères pour la compréhension que peuvent représenter par exemple une mise en page explicite ou des typographies particulières. Écouter un document plutôt que le lire demande une concentration supérieure et peut en rendre plus difficile la compréhension. Le lecteur pourra difficilement relire rapidement deux paragraphes plus haut par exemple, faire des allez et retour entre deux parties, et sera ainsi contraint de s’efforcer à assembler mentalement le document et reconstituer l’information. Par ailleurs, la synthèse vocale est, par définition, une voix synthétique : si elle s’avère très pratique pour naviguer sur Internet, lire ses mails ou lire un article, elle devient vite irritable pour lire un ouvrage entier et ce, malgré l’habitude que peuvent avoir les personnes qui l’utilisent au quotidien.

C’est pourquoi il est préférable, pour la littérature, de substituer à la synthèse vocale des audio-livres lus par des narrateurs professionnels ou par les auteurs eux-mêmes, comme on peut le trouver parfois. Comme nous avons pu le voir en première, c’est ce type d’ouvrages sonores que propose la fondation CICALE, qui se procurent des ouvrages lus par une voix humaine ou met à contribution des narrateurs professionnels. Dans le domaine des audiolivres, il existe évidemment de nombreux formats : outre le format cassette que nous avons déjà pu voir, il existe différents formats numériques dont les plus courants sont le MP3 et le WAV (WAVEform audio file format).

Cependant, de nombreux éditeurs et de nombreuses bibliothèques tendent à ne proposer aujourd’hui qu’un seul format, le format DAISY (Digital Accessible Information System), une norme créée et recommandée par le consortium international du même nom et regroupant plusieurs bibliothèques sonores pour personnes en situation de handicap. Créé en 1996, le Consortium DAISY se donne pour mission de définir des normes pour les audiolivres adaptés, que l’on nomme alors « livre DAISY » (c’est-à-dire respectant la norme DAISY) et que l’on retrouve principalement sous forme de CD, mais également sous d’autres formes de stockages telles que les cartes mémoires SD par exemple, ou directement en téléchargement. Comme nous avons pu le voir plus haut, un des principaux avantages de ce format est de proposé une meilleure qualité du son en numérique tout en proposant une compression de celui-ci bien supérieure : près de 40h pour un CD au format DAISY, contre 80 minutes pour les CD-Audio. Un autre avantage essentiel est qu’il est théoriquement possible de se repérer dans un livre DAISY comme on se repère dans un livre traditionnel : marque pages, recherche ligne par ligne, repères, etc. Attention cependant : il est évident que ce format DAISY nécessite un logiciel ou un appareil spécial pour le lire.

Pour le dire de manière synthétique, le format DAISY s’apparente à une synchronisation entre un fichier audio et le fichier texte de l’ouvrage. En cela, le format se base généralement sur deux codes : le MP3 et le XML. Le MP3 permet de compresser le son en réduisant l’espace qu’il occupe sur le CD : pour le résumer simplement, le format MP3 ne retient que les sons que l’on entend effectivement (par exemple il supprime les sons dont la fréquence est trop basse pour être entendu ou encore il supprime les sons à tel point recouverts par d’autres sons qu’on ne peut plus entendre les premiers), permettant au fichier audio de peser moins lourd sur le support de stockage utilisé et permettant, notamment dans le cas d’un CD, de libérer de l’espace afin d’insérer beaucoup plus de fichiers audio. Avec la possibilité de mettre plus de son et de le partitionner, de le diviser en plusieurs pistes, plus simplement, le MP3 offre l’opportunité de faire de chaque chapitre, voire de chaque paragraphe ou ligne – le choix des repères est effectué par l’éditeur – un fichier audio indépendant. Le MP3 est couplé à une structure XML (Extensible Markup Language) qui permet de traduit la structure de l’ouvrage (chapitres, paragraphes, etc.) en une structure séquentielle et hiérarchique constituée de nombreuses balises (« markup ») auxquelles le lecteur peut accéder. Ces balises sont des repères dans la structure séquentielle et hiérarchique et correspondent aux pistes du fichier que le lecteur peut choisir. Cette présentation simpliste du format (beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît) nous permet au moins d’appréhender cette nouvelle possibilité offerte aux lecteurs : celle d’accéder directement à la table des matières, à un chapitre donné ou encore à un passage donné, bref ce nouveau format donne l’opportunité de faire avec un fichier audio quasiment tout ce que l’on peut faire lors de la lecture d’un livre papier.

À partir de là, les avantages de ce format sont nombreux : une qualité du son numérique, la réduction du nombre de stockage nécessaire (nous l’avons dit, un seul CD peut contenir près de 40h, une carte SD des centaines d’heures selon son volume de stockage), la navigation structurée dans l’ouvrage, la possibilité de varier la vitesse de lecture à tout moment, la possibilité de placer ses propres balises permettant de marquer un passage afin d’y revenir ultérieurement, la mémorisation de la dernière position de lecture afin d’y revenir aussi facilement que lorsque l’on ouvre un livre au niveau du marque page, etc. Le format DAISY facilite en outre la lecture des périodiques que l’on ne lit jamais linéairement, en permettant au lecteur d’accéder directement au sommaire ou à un article précis. Il permet également d’écouter des ouvrages utilitaires de très gros volume comme les encyclopédies ou les dictionnaires spécifiques, en permettant le lecteur d’accéder directement à un article. Les avantages sont nombreux et contraignent en toute logique les éditeurs et les bibliothèques à privilégier ce type de format. Dedicon (Pays-Bas), la RNIB (Angleterre) ou encore BrailleNet (France) ont d’ores-et-déjà entièrement adopté ce format et sont membres du Consortium DAISY. Microsoft, par exemple, propose gratuitement un plug-in à son programme de traitement de texte Word qui permet de transformer les documents texte en texte DAISY. Par ailleurs, aux États-Unis, les éditeurs de livres scolaires ont l’obligation, depuis 2006, de mettre à la disposition des personnes en situation de handicap des versions au format NIMAS, une déclinaison du format XML-DTBook, des livres qu’ils produisent.

Cependant, comme nous le disions, le livre DAISY nécessite un lecteur DAISY afin d’être lu. Le support le plus courant pour ces livres audio est le CD. Pour les lire, il existe des lecteurs de CD DAISY de type « mange-disques » avec de grosses touches en facilitant la manipulation. Il existe également des lecteurs portables de CD DAISY de type « baladeur CD » permettant également de lire des CD audio classiques ou des CD MP3.

Un CD DAISY, un fichier téléchargé ou encore une carte SD peuvent être lu sur un ordinateur équipé d’un lecteur de CD à condition d’avoir installé un logiciel adapté (il existe plusieurs logiciels de ce type en téléchargement gratuit).

A noter que le format DAISY n’est pas comparable à une synthèse vocale. Si la synthèse est un outils, DAISY reste un format normé incluant d’autres formats, notamment le MP3. Cela signifie que si un texte peut être enregistrer au format DAISY à partir d’une synthèse vocale, les éditeurs et bibliothèques privilégieront, pour des raisons que l’on a pu souligner, des lectures par des narrateurs pour la littérature. Par exemple, le « Service du Livre Parlé » de l’Association Valentin Haüy (AVH, une association française notoire au service des aveugles et des des malvoyants) propose uniquement à ses abonnés des livres enregistrés en studio par des lecteurs ou lectrices bénévoles sélectionné(e)s pour la qualité de leur voix.

Pour ce qui est de l’accès au poste informatique, la synthèse vocale est un outils complémentaire très performant. En complément d’un logiciel de grossissement de caractères par les personnes malvoyantes, elle est également souvent utilisée en complément d’autres périphériques pour les personnes aveugles. Les plus répandus et les plus utilisés de ces périphériques sont les terminaux braille. Ils permettent aux personnes atteintes de cécité de lire les informations affichées à l’écran, par le biais d’un dispositif appelé « plage braille », composé de cellules piézo-électriques qui représentent en braille les lettres et les symboles. L’affichage s’effectue sur une ligne de 20, 40 ou 80 caractères, selon le modèle.

Ces terminaux braille permettant la lecture tactile d’informations traduites depuis un écran permettent généralement également de saisir du texte de manière souvent considérée comme plus aisée qu’à partir du clavier de l’ordinateur. Pour les personnes handicapées motrices qui ont généralement des difficultés avec l’utilisation du clavier, il existe des équipements de remplacement du clavier et de la souris. Par exemple il existe des claviers de remplacement, adaptés, munis des touches plus larges pour permettre un meilleur contrôle ou des souris plus faciles à manipuler et à contrôler. Les personnes déficientes motrices peuvent aussi recourir à des logiciels de commande vocale, comme « ViaVoice » ou « Dragon Dictate ». Il existe également des claviers virtuels qui s’affichent à l’écran et permettent de sélectionner de façon séquentielle les caractères à taper.

Ce type de technologie montre la potentialité d’accessibilité des nouveaux périphériques tactiles tels que les tablettes ou les e-readers. Si les premières sont désormais l’équivalent d’un ordinateur portable et sont adaptées à toutes les technologies pour ordinateurs précisées plus haut (synthèse vocale, logiciel de lecture d’ebooks, etc.), les secondes offrent la possibilité de choisir la taille des caractères et de tourner les pages par une simple pression de l’écran, palliant par là de nombreux défauts du livre papier et rendant ainsi plus accessible la littérature par rapport à un livre papier. De plus en plus d’e-readers se proposent également de lire des fichiers audio (par exemple, le le Sony Reader Touch Edition ou PRS-600), se rapprochant du périphérique portatif idéal pour la lecture pour les personnes en situation de handicap.

Cependant, de nombreuses entraves empêchent la réussite des e-readers chez les personnes en situation de handicap. Tout d’abord, l’impossibilité (pour l’instant) d’installer une synthèse vocale, véritable outils du quotidien comme nous avons pu le voir. L’impossibilité ensuite de relier à ces périphériques des plages braille, même adaptées. La difficulté enfin pour les déficients moteurs de se saisir de ce type de périphérique.

Si, pour les personnes en situation de handicap, la littérature est enrichi de possibilités et d’accessibilité dans son passage de l’analogique au numérique (de la cassette au format DAISY) et du papier au numérique (des livres traditionnels aux e-books), elle peine tout de même à trouver un support idéal. Les périphériques audio, malgré l’excellent format DAISY, et les tablettes et e-readers, malgré leur portabilité et leur capacité à proposer un meilleur affichage séduisant par là les plus âgés souvent déficients visuels légers, ne parviennent pas, pour les personnes en situation de handicap, à égaler l’expérience de la lecture des personnes sans handicap. L’ordinateur, s’il n’a pas la portabilité du livre, reste tout de même un outils extrêmement fiable et utile pour offrir un accès aisé à la littérature pour les personnes en situation de handicap, d’autant plus que l’informatique fait d’ores-et-déjà partie de notre quotidien à tous.